A SEVRAN, LES DIPLÔMÉS REPRENNENT LEUR CITÉ EN MAIN
Libération, 8 janvier 2013

Dans ses locaux, mis à disposition par la mairie, Idées propose du «coaching» à une cinquantaine de collégiens et à une trentaine de lycéens, chaque semaine.
REPORTAGE Aux Beaudottes, des jeunes qui y ont grandi et réussi ont instauré du coaching scolaire et une amicale de locataires pour «réveiller les gens».

8 janvier 2013 à 22:26
Par ALICE GÉRAUD


Ils ont la trentaine, sont juriste, analyste, ingénieur, technicien… Certains sont mariés, ont des enfants. Ils ont en commun d’être très diplômés et, surtout, d’avoir grandi dans le quartier des Beaudottes à Sevran, en Seine-Saint-Denis. Et d’y être restés. Un quartier HLM défavorisé et gangrené par les trafics. Un peu trop «stigmatisé», selon eux.


Ils ne sont ni élus ni encarté. Ils sont même plutôt méfiants vis-à-vis de la politique, «politicienne», précisent-ils. Ils se disent en revanche intéressés par les expériences américaines de community organizing et se définissent comme «engagés». Depuis un peu plus de trois ans, ces jeunes s’occupent de deux structures fondées sur le principe de la participation des habitants, devenues des points de repères aux Beaudottes.


Remises. La première, Idées (Initiatives des diplômés pour l’éducation et l’emploi des Sevranais), a pour vocation d’aider et d’accompagner les collégiens, lycéens et étudiants du quartier dans leur scolarité et leurs projets professionnels. La seconde est une amicale de locataires de la cité des Beaudottes, rattachée à la confédération nationale du logement (CNL), qui a permis aux habitants de récupérer auprès de leur bailleur quelque 300 000 euros de remises de loyer et de trop-perçu de charges. Ils ont aussi poussé le bailleur à engager une vaste opération de rénovation de la cité. «On a réveillé les gens. Depuis trop longtemps ici, ils subissaient et ne disaient rien. Parce qu’ils ne savent pas comment faire, qu’ils n’ont pas les clés. Parfois aussi, parce qu’ils ont intégré l’idée qu’ils n’ont pas le pouvoir d’agir», explique Jaouad Dahmani, le président de l’Amicale des locataires.


Lorsqu’il s’est installé dans son propre appartement à la cité des Beaudottes, ce technicien de piste à Roissy, aujourd’hui âgé de 30 ans, raconte qu’il n’a pas eu de chauffage et d’eau chaude pendant trois ans… comme tous les habitants des barres d’immeuble de son allée. Vingt ascenseurs sur vingt-neuf étaient en panne. Les gardiens avaient fini par déserter la cité. Ce qui n’a pas empêché le bailleur, 3F, de leur envoyer des rappels de charges allant, pour certains, jusqu’à 1 000 euros. L’amicale des locataires a été montée après cette «goutte d’eau» de trop. Cette même année, un incendie tuait cinq personnes dans l’une des tours. «A l’Amicale, on apprend aux gens à se défendre, à envoyer des courriers, à faire des recommandés et pas seulement à aller crier son mécontentement dans une loge de gardien [qui sont revenus depuis, ndlr], explique Jaouad Dahmani. On essaie d’insuffler une culture de l’écrit qui n’existait pas chez de nombreux locataires.» Les bénévoles, poussent, par exemple, les enfants qui maîtrisent Internet à aider leurs parents à envoyer des mails à 3F.


Au-delà des gains matériels, les responsables de l’Amicale ont surtout la satisfaction de voir le bailleur «considérer enfin les habitants». Le détail pourrait paraître anodin mais, raconte Jaouad Dahmani, «désormais, lorsqu’ils coupent l’eau pour travaux, ils préviennent les locataires». Aujourd’hui, l’Amicale fédère plus de 80 familles et Idées suit chaque semaine une cinquantaine de collégiens et une trentaine de lycéens.


«Chicha». Pour concilier cet engagement bénévole avec leur vie professionnelle et personnelle, ils ont appliqué les méthodes apprises dans leurs boulots et leurs études : organisation, optimisation, efficacité. On sent, en les écoutant, qu’il y a peu de place pour l’improvisation. Ils savent faire jouer leurs réseaux. Le montage d’un dossier de financement ne leur fait pas peur. En décembre, ils ont ainsi obtenu le financement public d’un poste de salariée permanente à Idées, et sont aujourd’hui suffisamment nombreux pour pouvoir ne venir qu’une heure et demi chacun par semaine. Les «anciens» élèves intègrent parfois la structure. «C’est un peu le principe, l’idée de donner envie de se prendre en charge et de s’investir. On est passé par ces difficultés, on les connaît et on peut donc fournir des solutions», résume Yacine Hilmi, le président d’Idées. Cet ingénieur de 29 ans croit à la nécessité de montrer des «modèles de réussites».


Mohamed Ghilli, vice-président de l’association, raconte :«En principe, un gamin, lorsqu’on lui demande ce qu’il aimerait faire dans la vie, il répond pompier, médecin… Mais ici, il n’est pas rare qu’on entende :"monter un bar à chicha."» Il trouve cela «un peu triste». Lui est analyste financier. Il parle d’«un incroyable gaspillage». Idées travaille là où le système pèche : sur l’orientation scolaire et la confiance en soi, notamment. «Il faut récréer un climat propice à la réussite», résume Mohamed Ghilli.


«Autonomie». Dans le local d’Idées, mis à disposition par la mairie de Sevran, on ne fait «surtout pas» d’aide aux devoirs classique. Yacine Hilmi préfère le terme «coaching». «On apprend l’autonomie. On donne des clés. On fait partager nos réseaux.» Parmi les initiatives de l’association : une prépa bac, «pour que les lycéens d’ici aient les mêmes chances que les Parisiens», des sorties culturelles, un projet de séjour linguistique à l’étranger. «Ce qui est terrible, c’est que ce que nous proposons, ce sont des solutions simples, évidentes. On se demande pourquoi c’est nous qui les mettons en place», s’interroge Mohamed Ghilli. Il a le sentiment qu’en banlieue l’Etat «ne sait pas» ou«ne veut pas» prendre les problèmes à bras-le-corps. Ces jeunes cadres supérieurs auraient tous pu partir vivre dans des villes moins difficiles, plus confortables. Ils sont restés aux Beaudottes, pour beaucoup, «par solidarité». Certains disent se sentir «un devoir» envers ce quartier.

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« Il n’y a qu’un moyen de savoir, c’est de se mettre en route ».
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